jeudi 22 mars 2012

Eckhart Tolle


"Venir au monde"


Après une première période de sa vie, marquée par l'angoisse et la dépression suicidaire, Eckhart Tolle découvre la vie éternelle et omniprésente au coeur du moment présent. Il réalise alors que l'observation est une voie directe et transformatrice.
Jusqu’à l’âge de treize ans, j’ai vécu dans un état presque continuel d’anxiété ponctué de périodes de dépression suicidaire. Aujourd’hui, j’ai l’impression de parler d’une vie passée ou de la vie de quelqu’un d’autre.

Une nuit, peu après mon vingt-neuvième anniversaire, je me réveillai aux petites heures avec une sensation de terreur absolue. Il m’était souvent arrivé de sortir du sommeil en ayant une telle sensation, mais cette fois-ci c’était plus intense que cela ne l’avait jamais été. Le silence nocturne, les contours estompés des meubles dans la pièce obscure, le bruit lointain d’un train, tout me semblait si étrange, si hostile et si totalement insignifiant que cela créa en moi un profond dégoût du monde. Mais ce qui me répugnait le plus dans tout cela, c’était ma propre existence. A quoi bon continuer à vivre avec un tel fardeau de misère ? Pourquoi poursuivre cette lutte ? En moi, je sentais qu’un profond désir d’annihilation, de ne plus exister, prenait largement le pas sur la pulsion instinctive de survivre.

« Je ne peux plus vivre avec moi-même. » Cette pensée me revenait sans cesse à l’esprit. Puis, soudain, je réalisai à quel point elle était bizarre. « Suis-je un ou deux ? Si je ne réussis pas à vivre avec moi-même, c’est qu’il doit y avoir deux moi : le “je” et le “moi” avec qui le “je” ne peut pas vivre ». « Peut-être qu’un seul des deux est réel, pensai-je. »

Cette prise de conscience étrange me frappa tellement que mon esprit cessa de fonctionner. J’étais totalement conscient, mais il n’y avait plus aucune pensée dans ma tête. Puis, je me sentis aspiré par ce qui me sembla être un vortex d’énergie. Au début, le mouvement était lent, puis il s’accéléra. Une peur intense me saisit et mon corps se mit à trembler. J’entendis les mots « ne résiste à rien », comme s’ils étaient prononcés dans ma poitrine. Je me sentis aspiré par le vide. J’avais l’impression que ce vide était en moi plutôt qu’à l’extérieur. Soudain, toute peur s’évanouit et je me laissai tomber dans ce vide. Je n’ai aucun souvenir de ce qui se passa par la suite.

Puis les pépiements d’un oiseau devant la fenêtre me réveillèrent. Je n’avais jamais entendu un tel son auparavant. Derrière mes paupières encore closes, ce son prit la forme d’un précieux diamant. Oui, si un diamant pouvait émettre un son, c’est ce à quoi il ressemblerait. J’ouvris les yeux. Les premières lueurs de l’aube fusaient à travers les rideaux. Sans l’intermédiaire d’aucune pensée, je sentis, je sus, que la lumière est infiniment plus que ce que nous réalisons. Cette douce luminosité filtrée par les rideaux était l’amour lui-même. Les larmes me montèrent aux yeux. Je me levai et me mis à marcher dans la pièce. Je la reconnus et, pourtant, je sus que je ne l’avais jamais vraiment vue auparavant. Tout était frais et comme neuf, un peu comme si tout venait d’être mis au monde. Je ramassai quelques objets, un crayon, une bouteille vide, et m’émerveillai devant la beauté et la vitalité de tout ce qui se trouvait autour de moi. Ce jour-là, je déambulai dans la ville, totalement fasciné par le miracle de la vie sur terre, comme si je venais de venir au monde.

Eckhart Tolle, Le pouvoir du moment présent, Guide d’éveil spirituel, Ariane, 2000. 


http://www.revue3emillenaire.com/fr/temoins-deveil/item/127-eckhart-tolle-venir-au-monde.html

lundi 19 mars 2012

Tony Parsons


Un jour, je traversais à pied un parc d’un faubourg de Londres. Je notais alors que j’avais l’esprit entièrement occupé par des projections à propos d’événements futurs pouvant ou non se produire. L’idée me vint de laisser tomber toutes ces projections et d’être simplement à ma marche. Je remarquais combien chaque pas était totalement unique par sa sensation et sa pression et comment, à peine en prenais-je conscience, il disparaissait l’instant d’après pour ne jamais se répéter de la même manière.

Tandis que mon esprit était occupé à ces réflexions, il y eut une soudaine translation – de moi en train d’observer ma marche, à la seule présence de la marche. Ce qui arriva ensuite est simplement au-delà de toute description. Je ne peux que dire, de manière inadéquate en mots, qu’une incommensurable présence tranquille sembla descendre et envelopper toute chose. Tout et chaque chose devint intemporel et je cessai d’exister. Je disparus et il n’y eut plus personne pour faire l’expérience de quoi que ce soit.

L’identité avec l’unicité de toute chose est ce qui se produisit. Je ne peux pas dire que j’étais “un avec” ceci ou cela, car j’avais disparu. Je peux seulement dire qu’une identité absolue avec l’unicité en tout et en chaque chose s’était produite et qu’un amour débordant emplissait tout. Avec cela survint une pleine compréhension de la totalité. Tout cela c’était passé hors du temps en un éclair qui parut éternel.

Il s’en suivit directement une révélation contenue dans cet événement si magnifique et révolutionnaire dans sa nature, que je dus m’asseoir sur l’herbe pour en assimiler les conséquences. Ce que je vis était simple et évident d’une certaine manière, mais complètement intraduisible d’une autre. C’était comme s’il m’avait été donné une réponse qui n’avait pas de question. Il m’avait été montré un secret qui est un secret évident, ouvert ; et que tout et chaque chose, connue et inconnue, contient et reflète ce secret ouvert. La nature, les gens, la naissance et la mort, nos combats, nos peurs et nos désirs sont tous contenus en lui et reflètent un amour inconditionnel.

Pourquoi moi et pourquoi maintenant ? Comment pouvais-je avoir mérité de recevoir un tel cadeau sans rien à donner en retour ? Je n’étais certainement pas pur dans le sens biblique, ou selon tout autre critère reconnu… enfin c’est ce que me suggérait mon esprit. Je n’avais pas vécu une vie disciplinée de méditation ou d’engagement spirituel quel qu’il soit. Cette illumination s’était produite sans aucun effort de ma part ! Il m’était simplement venu l’idée d’observer ma marche, ce qui s’était produit d’une manière facile et naturelle ; et c’est alors que ce trésor avait émergé.

J’en vins aussi à reconnaître que ce don apparent avait toujours été disponible et qu’il le serait toujours. C’était la plus merveilleuse réalisation de toutes ! Qu’absolument indépendamment de l’endroit, du moment ou de l’humeur dans laquelle je pouvais me trouver, cette présence était prête à émerger et à m’embrasser. Ce trésor était à redécouvrir, mais certes pas par des pratiques et rites spirituels ardus et en apparence de grande portée. Pas du tout. Ce merveilleux trésor embrassant et recouvrant tout s’offrait dans l’essence d’un pas, dans le bruit d’un tracteur, dans mon sentiment d’ennui, dans la présence d’un chat assis, dans les sentiments de douleur et de rejet, en haut d’une montagne, ou au milieu de Balham High Street. Où que ce soit, je suis totalement environné et immergé dans la tranquillité, l’amour inconditionnel et l’unicité.


Tout ce qu’il y a est le rien étant tout. Et en part de ce tout, apparaît la croyance et l’expérience au quotidien d’être un soi séparé – un individu apparent disposant d’une volonté, d’un pouvoir de choix et d’une capacité à agir qui lui seraient propres. Ceci est spécifique à l’homme et est appelé conscience de soi. La plupart des gens prennent cela pour la réalité.

Ce sentiment apparent d’être séparé est à la racine de la souffrance, du mal-être et du sentiment de perte qui conduisent à chercher à y échapper ou à résoudre la situation. C’est l’Etre rêvant qu’il est séparé de lui-même, cherchant urbi et orbi un tout qui n’a jamais cessé d’être. C’est le rêve hypnotique de séparation qui, pour le rêveur, est très réel.

Le dilemme pour le rêveur en recherche est que le sentiment de séparation gouverne la quête de solution ce qui alimente plus avant le sentiment de séparation.

Le développement d’un « esprit » intelligent et capable de compréhension s’accompagne apparemment du pouvoir d’opérer des choix et des actions en une tentative de négocier avec le monde. Ces tractations ne sont pas toujours couronnées de succès et l’individu semble faire l’expérience de souffrances et de plaisirs qui lui seraient propres.

Tout ceci engendre également chez le rêveur une grande considération pour les conseils, les orientations et le contrôle qui émanent en apparence de l’esprit-qui-comprend. Toutefois, tant qu’il y a un sens de la séparation, il subsiste un sentiment d’insatisfaction ou de perte et une recherche visant à le dissiper.

L’entité séparée ne peut que tenter d’imaginer ou de projeter ce à quoi ressemble de ne pas être séparé. Ce qui est recherché est la possibilité d’un but ou d’un état futur pouvant être réalisé et qui, par conséquent, et en toute logique, doit être approchable. A partir de là, la fonction de la recherche et l’enseignement tourné vers le devenir, enferment le chercheur dans un état de constante aspiration à se rapprocher de quelque chose qu’il ne peut saisir. Tout cela est expression de l’Etre, se manifestant en tant que ce bon vieil esprit-qui-comprend, fiable et digne de confiance, fonctionnant de la seule manière qu’il connaisse… en perpétuelle agitation et constante anticipation. C’est cette activité tournée vers le devenir qui très efficacement maintient le chercheur dans le rêve hypnotique d’un élan vers quelque chose qu’il ne peut saisir.

Bien sûr, la Libération peut, apparemment, survenir, totalement à son gré en dépit de tous ces efforts.

Le seul autre espoir pour le rêveur, pour l’apparent chercheur spirituel, est de croire en une énergie bienveillante (disons Dieu, la Conscience ou un soi-disant maître illuminé) qui puisse être motivée pour le guider et choisir de l’influencer tout au long d’un cheminement finissant par conduire à la plénitude. Mais Il n’est aucun choix à quelque niveau que ce soit. Toutes ces idées de devenir, de but, de dessein, de choix et de destinée naissent au sein du rêve.

Le paradoxe tient à ce que l’Etre bien qu’apparaissant en tant que rêveur en recherche, n’est pas un état qui puisse être imaginé, conçu, atteint ou même réalisé à travers une quête dont il ferait l’objet. Etre ne requiert absolument rien… il est le Rien et le Tout - déjà complétude et plénitude immaculées. Rien n’a besoin d’être transformé ou atteint, abandonné ou trouvé, pour qu’Etre simplement Soit. L’apparence de séparation est simplement l’expression de l’Etre. L’idée même de quelque chose qui aurait besoin d’approcher ce qui est déjà, est merveilleusement futile. L’Etre est un comédien au public qui ne rit jamais.

Le chercheur rêvé éprouve un sentiment de perte et d’indignité et de ce fait se trouve très attiré par les enseignements dans le rêve qui impliquent la purification, l’effort soutenu, l’abandon, la dévotion et la culture de la renonciation et le détachement.

Il y a une sorte d’inéluctabilité logique et d’indéniable honorabilité attachée à ces notions qui résonnent avec le sentiment de manque. La voie quasi sans fin de l’effort assure joyeusement la prorogation de l’expérience individuelle. Ces idées semblent émaner directement de l’histoire d’une sagesse traditionnelle parfaitement cohérente et digne de foi et qui assurément doit être respectée, quand bien même elle ne nous parviendrait plus qu’en tant que mots couchés sur des bouts de papier.

Deux voies traditionnelles s’attachent à résoudre ou à échapper au sentiment de séparation : la méditation et le questionnement de soi.

Dans la méditation, il semble possible, par l’intermédiaire d’une guidance et de choix apparents, d’atteindre certains états de tranquillité ou de béatitude qui semblent meilleurs que le sentiment de séparation. La croyance prévalente est que l’effort assidu à la méditation va cristalliser l’état et finira par le rendre permanent. Mais ces états ne sont que des expériences personnelles subtiles survenants à l’intérieur de l’histoire rêvée. Ainsi à l’instar de toute autre activité inscrite dans le temps, ces expériences apparaissent et disparaissent.

Le questionnement de soi est un processus similaire dans le sens où l’individu à pour but de choisir d’agir ou de faire un effort pour atteindre un endroit nommé conscience qui, son maître le lui promet, apportera paix de l’esprit, joie et fin de toute souffrance.

Une grande importance est attribuée à la nécessité de mener une investigation rigoureuse des processus de pensées, etc. et de maintenir une vigilance prévenant « la distraction par des pensées centrées sur soi. »

Toute cette activité se fonde sur le principe de l’acquisition et du maintien d’une possession personnelle de l’unicité.

L’effet de l’état conscient est un mouvement apparent vers un plan de détachement qui à première vue semble très libérateur, puissant et sécure… Un peu comme être dans une cage de verre d’où la vie peut être observée sans que l’observateur soit jamais affecté. Cela demeure une expérience personnelle subtile empreinte de dualité, se déroulant au sein de l’histoire rêvée de la séparation. De ce fait elle est transitoire.

La conscience du déroulement de la vie n’est pas Etre la vie.

De façon prévisible, la conscience de soi (la présence à soi des bouddhistes) est facilement oubliée, perdue, ou encore submergée par les pensées du rêve ou par certaines situations fortement émotionnelles. La cage de verre est ébranlée et l’endroit où vous sembliez établi paraît à nouveau perdu. Le chercheur rêvé va se remettre au questionnement de soi, en quête d’un nouveau coup de pouce, à moins que ne soit réalisé que la culture de l’état conscient n’est simplement qu’un autre refuge au sein du rêve de la séparation.

Tout cela est simplement l’expression de l’Etre.

Une autre façon pour le rêveur d’éviter d’être, simplement, est de tenter de comprendre ou d’éclaircir sa propre nature. Il est très facile de se retrouver prisonnier de concepts non duels. La singulière et inexorable réitération de notions telles que « tout ce qui est, est Etre », « Tout est expression de l’Etre» ou « il n’est personne » est une forme de communication aride et simpliste. Elle n’aborde ni n’éclaire l’apparent dilemme du chercheur du rêve, et de toute évidence ignore l’essence énergétique primordiale de la vie se vivant elle-même, implicite dans le simple fait d’Etre.

Dire constamment qu’être éveillé ou assoupi n’a aucun sens puisque « Etre est tout ce qui est » est comme dire à un aveugle que son état n’est pas un problème puisque « voir est tout ce qui est » C’est de l’idéalisme pur. Bien sûr, il n’existe rien de tel qu’être assoupi ou éveillé, mais cela ne peut être vu avant la disparition de celui qui cherche à voir.

...

Il est possible que puisse surgir la clarté, mais l’ultime compréhension n’est pas la libération. Cela dit, tout cette communication conceptuelle est secondaire en regard d’un élément primordial très illuminant. C’est élément est du domaine énergétique, il s’agit du déploiement impersonnel de la vie… la vibrante merveille implicite dans le simple fait d’Etre. C’est un déplacement énergétique, conduisant apparemment hors de la contraction vers l’illimité. Ce « sans limite » ne peut être possédé et par conséquent ne peut être concédé. Sa simplicité confond profondément l’esprit, mais il en émerge une reconnaissance impersonnelle qu’il n’est personne et rien à libérer. Toute idée de séparation, de souffrance individuelle, de libre-arbitre, de choix autonome, de sens, de dessein ou de but, de destiné, de hiérarchie et de tradition est simplement vue, par personne, comme le drame rêvé de l’Etre.

Il semble que l’esprit en recherche éprouve une fascination pour la lutte, la difficulté et la complexité. Tout le tissu de la « recherche spirituelle » est truffé d’histoires de constructions impressionnantes, apparemment reposant sur des débuts modestes. Le bouddhisme, la chrétienté et combien d’autres dogmes se disputent le fait d’avoir les meilleurs dieux. Les catéchismes du péché et de l’indignité, tout comme les notions de degrés de conscience et de niveaux d’éveil, sont inventoriés, questionnés, explorés, disséqués et font l’objet de farouches affrontements.

L’esprit adore l‘idée d’une illumination qui serait une sorte de lieu distant, virtuellement inatteignable, un espace parfait de félicité permanente, libre de toute souffrance et empli d’omniscience, d’omniprésence, d’omnipotence et de toute une ribambelle d’autres « omnis » très importants, affairés au calcul des tenants et aboutissants et déterminés à sauver le monde. Et bien sûr, comme toute cette gloire et cette distinction doit être conquise de haute lutte, il semble naturel qu’elle soit assortie d’une interminable errance dans les affres de « l’obscure nuit de l’âme », d’innombrables karmas passés, du péché originel, de la pensée juste, de l’action juste et de la préparation aux bardos. « Un conte narré par un sot, plein de bruit et de fureur, mais n’ayant aucun sens. »

Pourtant, Etre, simplement et naturellement Etre, est une constante tellement ordinaire et empreinte de tant de douceur. Quand cela est vu, c’est. Quand cela passe inaperçu, c’est.

Etre ne nécessite aucun effort et ne requiert aucun critère. Intemporel, il n’est pas de voie à épuiser, pas de dettes à payer. C’est déjà totalement su. Quand ceci est entendu et que la confusion se dissipe, quand la tension pour s’emparer de l’ultime se relâche et que la vibrante énergie d’être « la vie même se déployant » devient apparente, quelque chose d’autre émerge, de façon très naturelle, bien sûr, car il s’agit de tout ce qui déjà est.

Tony Parsons

http://kerisahel.blogspot.fr/search/label/Tony%20Parsons

Osho


Le but est en vous ; vous êtes le but, la cible. Il n'y donc nulle part où aller, un chemin n'est pas nécessaire. En fait, il suffit de laissez tomber tous les chemins, de laisser tomber la recherche et d'être simplement vous-mêmes. Comme vous en êtes incapables, il faut vous montrer quelques chemins pour vous faire marcher, pour vous fatiguer. C'est simplement pour vous épuiser.

Chercher n'est pas la façon d'y arriver, mais la recherche est nécessaire parce que vous êtes très actifs. 

J’ai ri, d’un vrai rire sonore, en voyant toute l’absurdité d’essayer de s'illuminer. Toute l’histoire est ridicule, car nous naissons illuminés, et s'efforcer d'atteindre quelque chose qui est déjà là, c'est la chose la plus absurde qui soit. Si c'est déjà là, vous ne pouvez pas l’atteindre ; vous ne pouvez atteindre que ce que vous n’avez pas, que ce qui n'est pas une partie intrinsèque de votre être. Mais l’illumination est votre nature même.  

Je ne faisais rien ! Désormais, cela me dépassait ; cela arrivait. J’avais fait quelque chose ; sans le savoir j’avais frappé à la porte, et la porte s’était ouverte. J’avais médité pendant des années, assis en silence, sans rien faire, et peu à peu j’arrivais dans cet espace où vous êtes, et vous ne faites rien ; vous êtes simplement là, une présence, un observateur. Vous n’êtes même pas un observateur parce que vous n’observez pas – vous êtes juste une présence. Les mots sont inadéquats, car quel que soit le mot employé, il semble que l’on fasse quelque chose. […]  

C’est arrivé dans un état de totale relaxation – c’est toujours ainsi que cela arrive. J’avais tout essayé. Puis voyant la futilité de tout effort, j’ai abandonné ce projet. Je l’ai complètement oublié. […] 

Juste avant le 21 mars 1953, j’ai arrêté de travailler sur moi. Il arrive un moment où vous voyez toute la futilité de l’effort. Vous avez fait tout ce que vous pouviez faire et rien ne s’est passé. Vous avez fait tout ce qui est humainement possible. Que pouvez-vous faire d’autre ? Par pure impuissance, on laisse tomber toute recherche. Et le jour où la recherche s’arrêta, le jour où je n’ai plus rien cherché, où je ne me suis attendu à rien, cela commença à se produire. Une nouvelle énergie se manifesta – venant de nulle part. Elle ne venait d’aucune source. Elle venait de nulle part et de partout. […] 

Cette nuit-là, je devins vide et je devins plein. Je devins non-existentiel et je devins l’existence. Cette nuit-là, je mourus et naquis à nouveau. Mais celui qui vécut cette nouvelle naissance n’a rien à voir avec celui qui mourut, c’est quelque chose de discontinu. En surface cela a l’air continu, mais c’est discontinu. Celui qui mourut, mourut totalement ; il ne resta rien de lui. J’ai connu bien d’autres morts, mais elles n’étaient rien comparées à celle-ci, elles étaient des morts partielles. Parfois le corps meurt, parfois une partie du mental meurt, parfois une partie de l’ego meurt, mais en ce qui concerne la personne, elle subsiste. Plusieurs fois rénovée, redécorée, un peu modifiée ici et là, mais elle subsiste, la continuité demeure. Cette nuit-là, la mort fut totale. Ce fut un rendez-vous avec la mort et avec Dieu simultanément.


["Autobiographie d'un mystique spirituellement incorrect" (Ed.Almasta)]



samedi 17 mars 2012

Christine Townend


Partageant son temps entre l’Inde et l’Australie, son pays natal, Christine Townend rencontre Vimala Thakar qu’elle considère alors comme le « Maître Caché ». Sa première rencontre, avec Vimalaji, déclenche son éveil qu’elle apprendra à laisser se déployer, à partir du « Silence », pour devenir, au-delà de tout effort, de plus en plus « naturel ».
La nuit commençait à tomber et j’ai regagné ma chambre d’hôtel. Les gens rentraient chez eux. […]

Si la création impliquait l’invention de bêtes meurtrières, rapaces, démoniaques telles que les humains, elle n’avait guère de raison d’être. La belle philosophie des Upanishads semblait incapable de répondre à cette question absolument fondamentale. Du fait de mon amertume, ces textes n’avaient plus pour moi aucun sens. Tout ce que j’avais accepté jusqu’ici me paraissait à présent trop élevé, trop distant, trop abstrait, pour être applicable aux problèmes urgents de la vie.

Je me suis assise sur le lit. J’ai fermé la porte et la fenêtre pour m’isoler des bruits de la rue, et je me suis enveloppée dans une couverture. Qui suis-je pour prétendre savoir quoi que ce soit ? Je ne sais rien et ne saurai jamais rien. Je me suis mise à pleurer, écrasée par le poids de mon propre néant.

Alors, de l’extérieur, d’une source extérieure, quelque chose sembla s’abattre sur moi, une épée, peut-être. Aussitôt, j’ai senti que je me transformais en une colonne de feu, et alors j’ai pu voir que j’étais Dieu. En moi résidaient toute la puissance, toute la splendeur, toutes les réponses, toutes les victoires, tout l’amour et toute la félicité. J’étais la Source de l’être, de l’existence. L’univers entier émanait de Moi, néant universel sans limite. Ses erreurs, sa cruauté, ses bévues, ses destructions, n’étaient que des rayures superficielles sur l’immensité immobile de l’éternité. Je descendais et tous se réjouissaient parce qu’un être avait revêtu le matériau grossier de l’univers et décidé de le faire vivre. Il allait devoir consacrer toute sa pensée, toute son attention, tous ses moments, tout son amour, toute sa volonté, afin de le faire croître. Lui donner vie n’avait pas seulement pour but de permettre à cet être de se connaître lui-même, mais de transformer et d’élever la matière même dont il était fait.

Je suis restée longtemps ainsi. Je me demandais si j’étais devenue folle, si j’avais des hallucinations. C’était peut-être une crise de démence. Peut-être que la chaleur m’avait perturbée. Et cependant, du fait de cette transformation temporaire mais totale de mon être, de toute ma nature, de tout mon mental et de toutes mes émotions, je ne pouvais pas attribuer ce phénomène à un stimulus extérieur de cellules cérébrales détraquées.

Après un long moment, des heures peut-être, quand j’ai repris contact avec le monde ordinaire, j’ai marché dans les rues. On aurait dit que j’étais scindée en deux : ce corps appelé Christine accroupi avec vénération devant la formidable splendeur du Soi. J’avais l’impression que tout le monde me regardait, parce que j’étais en train de brûler. J’avais un tel rayonnement que je ne pouvais pas me dissimuler. Peut-être que ma folie transparaissait déjà, dans des yeux hagards, des mouvements étranges, même si je sentais que mon corps se mouvait avec aisance et naturel, d’une manière qui ne devait pas attirer les regards.

Au bord de la route il y avait un homme qui vendait des petites statuettes en stéatite. Parmi les sujets exposés se trouvait une représentation phallique de Shiva, l’aspect créateur et destructeur de la divinité. Mais je fus surtout intriguée par le véhicule de Shiva, un petit taureau agenouillé devant lui. Cet animal accroupi, en adoration devant quelque chose de tellement immense qu’on ne pouvait le représenter que par un symbole, semblait expliquer très exactement ma propre expérience : la personnalité de Christine était semblable à ce taureau agenouillé devant la flamme de l’être infini.

En voyant cette statuette, j’ai su immédiatement que je n’étais pas en proie à la folie et au délire, mais que voici bien longtemps un autre rishi, un autre sage, avait formulé cette expérience universelle dans une œuvre d’art. J’ai acheté ce petit objet pour un prix exorbitant, parce que j’étais submergée de gratitude à l’idée que ce pauvre homme avait dû passer toute sa vie ici à vendre des statuettes uniquement pour que je puisse passer par là et savoir que je n’étais pas folle !

De retour dans ma chambre, j’ai lu la Mundakopanishad :

Il est à l’intérieur de notre propre cœur. Il a établi

Sa résidence dans le corps physique des hommes

Et gouverne à la fois le corps et la vie, Lui qui

Anime l’univers entier et toutes ses splendeurs.

Les esprits sereins méditent sur Lui et réalisent

Sa forme immortelle de joie absolue.

Une fois encore je fus submergée par la gratitude en songeant que la connaissance de l’Inde était ainsi à la disposition de tous et déclarait que je n’étais pas victime d’hallucinations. Et j’ai su alors que quoi que je puisse donner à l’Inde, ce ne serait jamais assez parce que j’avais reçu quelque chose d’une valeur inestimable. Et enfin, j’ai su que le Silence de Vimalaji avait été projeté en moi, pour que je puisse connaître et comprendre ce Silence dans lequel elle vivait, ce Silence qui était la réalité de la vie.

Christine Townend

[extrait de "Le Maître Caché, du moi au Soi" avec Vimalaji (Editions le Lotus d’Or)]


http://www.revue3emillenaire.com/fr/temoins-deveil/item/143-christine-townend-la-gratitude-du-silence.html

lundi 5 mars 2012

Léonard Jacobson



Léonard Jacobson est un guide spirituel et un mystique . Son don de guérisseur  l’a profondément engagé dans la tâche d’aider les autres à naître à l’expérience joyeuse de vivre dans le MOMENT .  Il démontre une capacité remarquable à percevoir les besoins de chaque individu pour le guider vers l’intégralité et l’état d’être illuminé qu’est la vie dans le moment présent.

Il dirige des séances d'études et des colloques depuis vingt-cinq ans offrant lumière et inspiration à ceux qui cherchent à être inspirés et guidés sur la route de l’éveil et de l’illumination spirituelle.  Son enseignement et sa présence nous rappellent puissamment que la source de la vie et de la vérité se trouve ici, à l’intérieur de chacun de nous.

C’est en 1981 qu’il a fait pour la première fois, l’expérience d’un éveil spontané à l’état mystique qui a profondément transformé sa perspective de la vie, de la vérité et de la réalité. Plusieurs experiences ont  suivi. Chacune de ces expériences révélatrices lui a fait découvrir des couches de plus en plus profondes de prises de conscience qui ont servi à enrichir son enseignement et ses écrits d’une profonde sagesse, de clarté, d’amour et de compassion.

Il habite à Santa Cruz en Californie et il offre des cours du soir, des séances de travail le weekend, et des retraites résidentielles de plus longue durée, aux Etats-Unis, en Europe et en Australie. 

Il est le fondateur de l’organisation The Conscious Living Foundation (La Fondation pour une Vie Consciente), enregistrée comme une organisation à but non lucratif.  En 2005, il a reçu le Prix de la Paix par l’alliance Religious Science International (La Science Religieuse Internationale) quoiqu’il ne soit affilié ou associé avec aucune église en particulier.  Son enseignement est à la fois inclusif et transcendant de toute religion et tradition spirituelle.  Son enseignement est pour tous ceux qui veulent vraiment se réveiller et pour tous ceux qui ne se rendent pas encore compte qu’ils cherchent à s’éveiller.

Il est l’auteur de quatre livres, Words from Silence (Mot Issus de Silence), Embracing the Present (Embrasser le Présent), Bridging Heaven and Earth (Un Pont Entre le Ciel et la Terre) et le plus récent, Journey into Now (Voyage dans le Moment Présent).

Dans ses livres, cassettes, séminaires, colloques et retraites, Leonard nous révèle les points essentiels du réveil spirituel et nous donne des moyens efficaces pour intégrer une plus haute conscience dans notre vie quotidienne.   

UN MESSAGE PERSONNEL DE LA PART DE LÉONARD

Bienvenu à mon site.  J’espère que vos visites ici seront à la fois agréables et révélatrices.  Permettez-moi de partager avec vous quelques aspects biographiques.

En 1981, j’ai fait l’expérience d’un réveil  spirituel à la fois puissant et spontané qui a profondément changé ma perspective de la vie, la vérité et la réalité.  Unité, Dieu et le Paradis Terrestre me furent révélés.

En conséquence, je me suis trouvé ouvert à un niveau de liberté, d’amour et de vérité que je n’avais pas connu auparavant.  Des modes habituels de peur, de blessure, de colère, de manque de mérite et d’isolation que j’avais acquis pendant ma toute petite enfance disparaissaient alors que je m’éveillais à la vérité de la vie.

Le premier réveil spirituel a été suivi d’une série d’éveils beaucoup plus profonds qui ont eu lieu tous les trois ans, plus ou moins.  Chacun de ces éveils me transporte dans des niveaux de conscience multidimensionnels révélant une compréhension profonde de l’essence fondamentale de la nature humaine.  De nombreuses clés a l’éveil spirituel furent révélées et en particulier celle cachée de la libération du monde limité de la pensée humaine pour enfin accéder au monde infini du moment présent. 

Je me sens extrêmement béni d’avoir pu partager avec d’autres ce que j’ai appris par résultat de mon propre éveil.  Je suis toujours profondément étonné par le niveau de vérité, d’amour et de sagesse qui n’attendent que de pouvoir surgir de toute personne disposant de l’occasion et de la direction appropriées.

Le monde entre maintenant dans une nouvelle étape d’évolution.  Jamais auparavant n’y a-t-il eu une telle occasion pour le réveil de la conscience humaine au niveau collectif.  Mais, un éveil collectif a lieu d’abord au niveau de l’individu.  Chacun d’entre nous doit profiter au maximum de cette opportunité.  Il EST possible de s’éveiller MAINTENANT !  Il est possible pour chacun de mener à sa fin le voyage de l’âme dans cette vie.

A chacun d’entre vous, j’envoie amour et bénédiction.


PUBLICATION LA PLUS RÉCENTE

Voyage dans le Moment Présent :

Manuel d’Orientation pour la Route Menant au Réveil Spirituel

De temps à autre, il sort un livre qui a le pouvoir de transformer nos vies car il nous transporte à un niveau de conscience complètement nouveau. JOURNEY INTO NOW (Voyage dans le Moment Présent) est l’un de ces livres.

Avec une parfaite précision, l’auteur guide le lecteur le long d’un chemin d’éveil qui mène à la libération de la souffrance et des limitations du passé et permet l’accès au monde joyeux et sans limites qui est le monde du MOMENT présent.  Ce livre révèle, de la façon la plus simple, comment calmer l’esprit et devenir complètement présent et éveillé à la vérité de la vie.  

Comme partie essentielle de ses instructions pour accéder au moment présent, l’auteur pénètre profondément jusque dans le mystère de notre existence.  Il révèle les clés cachées de l’éveil spirituel.  Il donne une compréhension pénétrante des questions auxquelles nous devons faire face si nous allons devenir fondamentalement libres.  Il parle du voyage de l’âme ; la vie entière et mise en perspective ; les problèmes et les difficultés deviennent alors des opportunités à l’éveil.  Peut-être l’aspect le plus important de ce livre est-il la compréhension intime de l’auteur de la nature de l’esprit et du moi de l’ego.  Il décrit en détail comment la résistance de l’égo à la présence est le principal obstacle à l’éveil et il nous explique comment il est possible de vaincre cette résistance d’une façon simple et efficace.

Chacune des pages de ce livre nous révèle une partie du mystère.  Il y a des clés pour accéder au réveil, cachées à chaque page du livre.  C’est comme le plan de la route qui nous mène chez nous.


LES LEÇONS DE LÉONARD

Lorsque nous sommes dans le monde de l’esprit qui pense, nous sommes quelque part dans le passé dont on se souvient ou dans un futur qu’on imagine.  Nous sommes dans le monde de la pensée, de la mémoire, du concept, de l’idée, de l’opinion, de la croyance.  Nous ne sommes pas ici maintenant.  Ce dont nous faisons l’expérience n’est pas le vérité et la réalité du moment présent.

Dan un sens très réel, le passé s’impose sur notre expérience du moment présent, le colorant et le déformant.  Toutes ces croyances qui nous limitent, et les expériences pénibles du passé affectent de façon défavorable notre expérience de la vie.

S’eveiller en pleine conscience veut simplement dire sortir du monde de l’esprit pensant pour se trouver dans le moment présent. Ceci ne veut pas dire que la mémoire du passé ou le sens de l’avenir disparaissent.  Vous participez toujours dans le monde de la temporalité mais vous n’êtes plus identifié avec lui, ni défini pas ces souvenirs du passé ni par ce que vous imaginez pour le futur.  Vous en venez à vous connaître comme l’Être qui existe en ce moment-même.  Vous savez que seul le moment présent peut vous combler donc vous choisissez de vivre de plus en plus dans le moment présent.  Le moment présent devient la véritable fondation de votre vie.

Comme vous vous éveillez, votre expérience de vous-mêmes et du monde change de façon dramatique.  La peur, l’anxiété et le conflit disparaissent alors que vous entrez dans un monde d’amour, de paix et d’abondance.  Vous en arrivez à vous connaitre comme AMOUR.  Vous rencontrez la Présence vivante de Dieu à l’intérieur même de votre être et dans tout ce qui vous entoure.  La séparation se dissout et vous vivez dans l’Unité.  C’est ainsi que se définit l’éveil.  C’est ce dont parlait le Bouddha.  C’est ce dont parlait Jésus.  C’est ce dont parlaient Lao-Tzu et Krishna.  C’est ce que Dieu a promis à Abraham.

L’éveil est simple.  La guérison est disponible d’une manière qui défie la raison.  Mail il y a certains pas que chacun de nous doit franchir. 

Le premier pas, et le plus important, est de connaitre par votre propre expérience l’état de Présence.  C’est un état de silence intérieur très profond, de paix et de tranquillité.  J’ai le pouvoir de communiquer cet état par transmission directe, mais en aucune manière d’une façon qui saurait encourager une dépendance ou une projection.

Le deuxième pas est de rentrer en relation avec certains aspects de votre propre personne y compris votre moi, vos pensées et vos émotions.  Vous devez amener  l’énergie d’amour et d’acceptation à chaque aspect de votre propre personne.  Tout jugement de vous-mêmes et des autres doit prendre fin si vous devez vous éveiller à la vérité de la vie.

Le troisième pas est la compréhension.  Nous sommes des âmes qui ont entrepris un voyage extraordinaire.  Une fois que vous connaissez la vraie raison d’être de votre voyage, vous commencerez à vous éveiller.  Tout ce qui vous est arrivé dans la vie vous apparaitra tout à fait logique.  Vous en arriverez à considérer les problèmes et les difficultés dans votre vie comme rien de plus que des occasions d’apprendre vos leçons et de vous éveiller à l’Unité.

Le quatrième pas est de s’accorder avec les lois universelles de la vie.  Si vous devez être véritablement éveillé, il est nécessaire de vivre en pleine intégrité dans chaque aspect de votre vie.


http://leonardjacobson.com/france.php

jeudi 1 mars 2012

Denis Marie


Introduction

Que nous manque-t-il encore pour être heureux ? Combien de temps encore allons-nous être séduits par ce discours trompeur et cette propagande publicitaire qui nous incite à courir après un bonheur illusoire ? Que peuvent nous apporter toutes les richesses du monde et toutes nos accumulations si, dans notre cœur, nous ne sommes pas heureux ?

Aujourd’hui, nous touchons nos limitations et exprimons nos contradictions en prise avec un monde essentiellement axé vers le matérialisme et compromis dans des idéologies simplistes et mercantiles, qui ne nous permettent pas de nous connaître. Notre insatisfaction dans cet âge confus nous pousse à la maturité, à ne plus vouloir naïvement refaire le monde, mais bien plus une révolution intérieure et personnelle. La priorité est de nous orienter vers la source afin d’y retrouver le sens de la vie et la réponse à notre soif pressante de bonheur authentique. Nous pouvons le décider avec la conviction que la spiritualité est universelle et qu’elle est le lien avec notre identité fondamentale. Elle n’est en rien un domaine particulier, réservé aux religions, aux traditions spirituelles ou à tout autre spécialiste. Si nous souhaitons améliorer le monde, pour commencer, il nous revient en tant que partie intégrante de ce monde de prendre soin de nous. Si nous en ressentons l’appel, c’est que ce changement nous incombe et qu’il est légitime.

C’est dans le cadre familial que j’ai rencontré la spiritualité. Au début, cela fut par une approche classique au contact de la tradition chrétienne, puis en m’engageant dans la voie bouddhiste durant de nombreuses années. Ébranlé par des problèmes de santé, je pris conscience de l’urgence. Je décidais d’abandonner mon affairement de pratiques et de méditation afin de me consacrer à une approche plus intuitive reliée au cœur.

Pour tous ceux qui aspirent au changement profond à travers une démarche spirituelle, je voudrais partager ce qui m’a enfin transformé, et qui me conduit à écrire cet ouvrage traitant de l’éveil et de son caractère « ordinaire ». Je souhaite du mieux que je puisse rapporter cette découverte, tant elle a pour moi renversé toute une conception erronée que j’avais de l’Éveil et de « l’Aventure spirituelle », héritée d’une imagerie populaire et d’un discours traditionnel.

C’est en me trouvant loin des temples, des rites et des Maîtres spirituels, au fond d’un lit d’hôpital, sans réelle méthode et pour toute inspiration une simple prière en mon cœur, qu’à travers la guérison du corps et de l’esprit, cela s’est produit.

C’est arrivé l’un des jours qui ont suivi ma transplantation, alors que j’étais encore hospitalisé. Tandis qu’avec intensité j’exprimais toute ma gratitude, que je remerciais le ciel et tous ceux qui avaient contribué à ma guérison, à ma grande surprise et de façon croissante, « tout se donnait ».

À cet instant, j’ai ressenti comme un relâchement profond accompagné d’une ouverture intense et débordante du cœur. Assis dans mon lit, branché à tout un tas de tuyaux et de machines, je me retrouvais pleinement heureux, épris d’un amour inconditionnel. Je vivais les plus belles heures et ce qui fut par la suite les plus beaux jours de ma vie sans comprendre ce qui m’arrivait. J’étais comblé. Je percevais comme une abondance, un don infini. À travers tout, une générosité universelle se déployait et j’en faisais partie. Chaque matin à mon réveil, incrédule, je regardais en moi et c’était encore là, comme à m’attendre. Qu’elle était merveilleuse cette bonté naturelle et jaillissante que je recevais ! À présent tout était si simple et plein d’humour à la lumière généreuse du cœur, à travers cet amour nourrissant qui m’abreuvait. Tout s’éclaircissait et prenait place à propos de ma vie, de la vie et bien sûr de la démarche spirituelle dans laquelle je m’étais investi depuis tant d'années (...)


“Connais-toi toi-même”

Celui qui cherche est “Celui” qu’il nous faut rencontrer.

(…) Loin d’être un but mythique, l’éveil est ordinaire, l’éveil est déjà là. Il est à la portée de chacun, depuis là où il est. Il ne s’agit pas d’une performance spirituelle, d’une transcendance hors de portée, réservée à quelques élus ou à certains Êtres d’exception et qui s’obtient au terme d’un long et dur chemin d’ascèse.

S’éveiller c’est comprendre notre Nature véritable, c’est réaliser « Celui que l’on est » avant tout, originellement et dont jamais nous n’avons été séparés. Nous y sommes constamment, indépendamment de notre volonté et des situations diverses que nous vivons. Notre Nature est éveil, c’est nous, et non « une nature » cachée au fond de nous, qu’il nous faudrait retrouver. S’éveiller ne signifie pas atteindre un état de conscience supérieur, mais c’est recevoir et connaître l’ouverture naturelle qui sous-tend toute conscience. C’est rencontrer en nous l’éclat spontané du bonheur parfait derrière lequel nous courons, comme après une ombre fugace et inaccessible, malgré nos innombrables entreprises pour l’obtenir par une saisie.

L’éveil spirituel marque le passage de ce que nous croyons être, à ce que nous sommes véritablement. C’est une totale démystification, le renversement du règne illégitime de l’esprit conceptuel, détrôné par une vue directe et spontanée qui s’actualise indépendamment des constructions du mental.

Parler « d’atteindre » l’éveil n’a pas de sens. Ce qui le caractérise et l’atteste, c’est l’épuisement total de toute notion de voie et de cheminement qu’il provoque, ainsi que l’effondrement de l’idée de « devenir » et de distance. En fait, il n’y a rien à rejoindre qui ne soit déjà là. Par conséquent, toute perspective, toute méthode dirigée vers un but s’avère caduque. Si nous sommes pleinement d’accord pour être ici, au cœur de l’instant présent, nous pouvons réaliser que naturellement nous reposons dans l’éveil et qu’il n’y a aucune distinction entre lui et nous. (…)


Le don du cœur

“Le bonheur est en nous,
notre pauvreté c’est de ne pas connaître notre richesse.”

(…) Le bonheur est en nous. Il est comme un trésor que nous détenons, mais dont nous n’avons pas conscience. Il est comme une source abondante en notre Être à laquelle nous ne savons pas nous relier, à laquelle nous ne savons pas nous donner accès. Si par la simple évocation d’un bonheur vécu nous pouvons en réitérer l’expérience, c’est bien qu’il est déjà là. Ce n’est pas un ersatz de bonheur qui est éprouvé, mais bien le même bonheur, comme tous ceux que nous avons connus dans notre vie. Ce ne sont pas « des bonheurs », mais une succession d’autorisations, d’ouvertures à un seul et même bonheur en nous.

(…) Il y a une vie qui est là déjà en nous, dans notre cœur. Comme un enfant délaissé, qui nous attend et nous réclame. Une façon simple de regagner son cœur consiste à formuler un vœu, un souhait. Du fond du cœur avec un élan profond et sincère, nous exprimons cette demande. Il n’y a pas vraiment de mot ou de formule magique à prononcer ; ce qui compte le plus, c’est notre authenticité, la foi de vie et d’espoir que nous y mettons. Nous la faisons dans une entièreté telle, que soudainement par cette inspiration, l’espace en nous est recréé. Alors, nous renaissons dans une ouverture inconditionnelle, qui nous laisse sans mots, suspendus… À cet instant, nous pouvons nous sentir touchés en notre Être, tout comme une seule étincelle enflamme du bois mort. Notre cœur est plein d’amour contenu, pareil à un trésor qui n’attend que d’être découvert. D’une simple étincelle peut naître un brasier. (…)

(…) Le premier regard a la spontanéité du silence. Il est l’aspect réflexif et cognitif lié à notre Nature, comparable à la qualité réfléchissante de l’eau. De ce fait, il ne dépend ni d’une conscience, ni d’une volonté. Reconnaître cette qualité innée en nous, c’est « Voir », et ne plus être limité par un regard discriminant et duel que nous impose la conscience ordinaire. Se situer dans le premier regard, c’est voir depuis le cœur.

Voir que c’est parfait ne nous rend pas juste spectateur d’une perfection, mais nous inclut dans cette perfection. Cela nous délivre des doutes et apporte la certitude. Quand nous ne Voyons pas, nous cherchons, nous doutons. (…)

(…) Voir, nous fait comprendre qu’il n’y a rien, aucune séparation, aucun but à atteindre, aucun ailleurs. Il n’y a pas une once de pratique à faire ou même de problème à élucider. Il n’y a pas la notion d’un second, d’un autre, d’une inconnue à résoudre. Toute division ou construction n’est que symbolique et ne se produit qu’au sein d’une même base, d’un même espace.

Observer comment nous nous accrochons toujours à une pensée, tenus et captivés par les jeux de l’esprit. Être en la Source et la Voir permet naturellement de prévaloir sur notre cinéma et de couper court à son attraction tout en répondant à l’appel profond de notre cœur. Pour réaliser la Vérité nous n’avons pas besoin de l’esprit pensant, car la Vérité se connaît et se suffit à elle-même. La Vérité est entière et omniprésente. Elle est semblable à la lumière qui éclaire tout, sans stratégie ni jugement. Nous pouvons permettre à cette lumière d’accomplir en nous son œuvre en nous illuminant.

Nos yeux voient et nos oreilles entendent parce que c’est leur nature. Pareillement, la Vérité en nous connaît et s’illumine naturellement, sans intention, ni effort particulier. (…)


"S’accepter"

Ne sommes-nous pas toujours avec nous-mêmes ?

(…) La paix provient de se connaître, se connaître provient de s’accepter et s’accepter provient de s’être réconcilié. La démarche spirituelle passe par une réconciliation avec nous-mêmes. On ne se débarrasse pas d’un ennemi en l’ignorant ou bien en le chassant par la force, mais en l’apprivoisant. L’amitié, c’est s’aider en travaillant sur nos « mauvais » aspects, « avec » et non plus « contre » nous. La première chose à régler c’est de se mettre en paix avec soi-même. Il n’y a pas à devenir pacifiste ou à se soumettre à une attitude dite « paisible », mais à rejoindre la paix tranquille et naturelle qui surviendra consécutivement au relâchement des conflits par notre réconciliation. Nos états de mal-être n’ont pas à être compensés, mais à être accueillis et soignés. Nous souffrons en contrecoup de la partie qui nous manque. Quelle véritable paix pourra être possible si nous ne traitons pas ce qui nous divise ? Se mettre en paix avec soi-même c’est aussi faire la paix avec l’autre. C’est mettre fin à des conflits qui ne guérissent rien.

Nous voudrions nous prouver que nos histoires sont plus fortes que nous. Toutes ces histoires c’est dans notre esprit qu’elles s’élèvent, toujours dans notre esprit, le même esprit. Nous ne sommes pas nos histoires, aussi le changement ne tient-il qu’en une décision, ce n’est pas quelque chose d’élaboré qu’il faut faire ou parfaire. L’illusion ne tient que par une non-décision et toutes les fausses promesses qui s’en suivent. Il y a un mensonge et, plutôt que de le percer, nous l’avalisons en lui laissant un terrain pour exister.

Le mensonge a fait de nous des menteurs et les menteurs ne savent que mentir et se tromper intelligemment. Mais qui ment ? Qui s’investit dans le fait de mentir ? Quel est ce visage derrière le masque qui le recouvre, sous le fard et les couleurs qui le travestissent ? S’il y a un mensonge, alors il y a aussi une vérité sans laquelle nous ne pourrions mentir. Il y a une imposture et, plutôt que de la démasquer, nous la cautionnons en lui permettant d’exister par une fuite éperdue déguisée en recherche. Cette dérobade peut être subtile, car nous savons avancer de bons arguments afin d’obtenir notre propre capitulation. (…)


"S’assumer"

Il n’y a pas d’illusion en soi, mais seulement des êtres qui s’illusionnent et qui veulent encore y croire.

(…) Est-ce nous qui faisons nos pensées, ou bien est-ce nos pensées qui nous font ? Nous suivons nos pensées et les défendons sans savoir réellement d’où elles viennent. Ne plus être victime, mais être sujet et responsable de son illusion, en fait c’est plutôt bien et plutôt un avantage. Cela signifie que tout est entre nos mains et qu’il n’y a personne, aucun pouvoir tyrannique extérieur dont nous dépendons.

Si nous avons la faculté de nous illusionner, alors, nous avons aussi celle de nous désillusionner, ou plus simplement, de cesser de produire de l’illusion. Nous sommes le grand créateur de tout ceci. Comme un comédien, nous jouons un rôle avec lequel nous nous confondons et lorsque nous regardons dans le miroir, nous ne voyons plus que le masque qui dissimule notre vrai visage et nous nous prenons toujours pour un autre. Pouvons-nous remettre en question ce jeu, tous les jeux ? Il n’y a pas d’illusion en soi, mais seulement des êtres qui s’illusionnent et qui veulent encore y croire.

Ce n’est pas nous qui nous éveillons, c’est l’éveil qui nous illumine. Juste avant qu’il n’arrive, nous pensions avoir compris et accompli une part du chemin, avoir saisi une partie de la vérité et finalement nous réalisons que tout cela appartenait au rêve et qu’aucun éveil n’avait pris place. Du point de vue de l’illusion nous espérons toujours que « quelque chose » se produise, mais à l’instant de l’éveil, nous ne faisons que pleinement reconnaître ce qui a toujours été là. L’éveil était déjà là, dans cet instant, inséparable de nous. Bien que cette réalisation nous libère, la liberté n’est pas une chose nouvelle. (…)