jeudi 29 novembre 2012

U G Krishnamurti


Les autobiographies ne sont que mensonges, dit U. G. (Uppaluri Gopala Krishnamurti, 9 juillet 1918 - 22 mars 2007). Les biographies sont doublement mensongères, parce que la biographie et son auteur mentent tous les deux. Tout ce que je pourrais dire sur ma vie passée est forcément déformé par ma condition présente. Ceci dit, je suis un analphabète qui ne sait ni lire ni écrire.
Source : Les deux océans.


Bibliographie en français (transcription d'entretiens) :
 - Rencontre avec un éveillé contestataire, Ed. Les deux océans, Paris, 1986.
 - Le mental est un mythe. Ed. Les deux océans, Paris, 1988.
 - La pensée est votre ennemie. Ed Les deux océans, Paris, 1990.
 - Le dos au mur. Ed Les deux océans, Paris, 1998.
 - Coloquintessence. Ed. Les deux océans, Paris, 1993.
 - Impertinentes pertinences, par Charles Antoni. Ed. Originel, Paris, 1999.
Les deux océans.
Sites (en anglais) :
U.G.Krishnamurti / http://www.ugkrishnamurti.org/


La "calamité" de U.G. :

Comme un feu qui couve, je portais en moi cette question toujours renouvelée : « Quel est cet état ? Je le veux. C’est fini, pourtant  Krishnamurti m’a dit : « Vous n’avez aucun moyen de le savoir…». Malgré tout je veux absolument savoir quel est cet état, celui dans lequel vivait Bouddha, Sankara et bien d’autres instructeurs. »

Puis en juillet 1967, j’ai traversé une nouvelle phase. De retour à Saanen,  Krishnamurti donnait ses conférences. Mes amis m’y entraînèrent : « Cette fois au moins c’est gratuit ! Pourquoi ne viendrais-tu pas l’écouter ? » « D’accord, j’irai. » Et tandis qu’effectivement je l’écoutais, il se produisit une drôle de chose — l’impression curieuse qu’il décrivait mon état et non le sien. (Pourquoi du reste aurais-je voulu connaître son état ?) Il décrivait certains mouvements, une certaine qualité de conscience et de silence. Il disait : « Dans ce silence, il n’y a pas de mental, il y a action », et ainsi de suite. « Mais, me dis-je, je suis dans cet état ! A quoi ai-je passé mon temps durant ces trente ou quarante années ? A écouter tous ces gens, à me mettre moi-même au défi, à vouloir à tout prix comprendre, son état et celui des autres, Bouddha ou Jésus ! Je suis dans cet état. A l’instant même, je suis dans cet état. » Aussitôt je quittai la tente sans plus jamais revenir en arrière.

Alors, très curieusement, la question « Quel est cet état ? » se mua en une autre : « Comment sais-je que je me trouve dans cet état, l’état de Bouddha, l’état que j’ai tant souhaité et que j’ai recherché un peu partout ? Je me trouve dans cet état, comment se fait-il que je le sais ? »

Le jour suivant (jour de mon 49e anniversaire), j’étais assis sur un banc à l’abri d’un arbre, devant l’un des plus beaux paysages qui soit au monde : les sept collines et les sept vallées de la région de Saanen. J’étais assis là. Ce n’est pas que la question était présente, mon être entier était la question. Je m’observais moi-même et je me disais : « Comment sais-je que je suis dans cet état ? En quelque sorte, je me divise intérieurement ; il y a en moi quelqu’un qui sait que je suis dans cet état. La connaissance de cet état – à savoir, ce que j’ai lu, ce que j’ai expérimenté, ce dont on m’a parlé –, c’est cette connaissance elle-même qui observe cet état, et c’est donc elle qui l’a projeté. Alors je me dis : « Trêve de plaisanteries, mon vieux ! Depuis quarante ans tu n’as pas avancé, tu n’as pas quitté la case de départ. La question qui te préoccupe relève encore et toujours du jeu des projections du mental. Ta position n’a pas changé et la question “Comment sais-je…?” participe du même jeu. Car c’est le mental, la description fournie de l’extérieur par toute une horde de gens, qui crée cet état de toutes pièces. Tu te fais des illusions. Tu es un beau crétin. » En un sens, je n’avais pas avancé d’un pouce, mais je gardais le sentiment étrange que c’était bien cet état.

La question me harcelait sans cesse. Puis, soudain, elle disparut. Il ne se produisit rien de spécial : la question disparut, tout simplement. Je ne me suis pas dit : « Oh ! Mon Dieu ! Cette fois je tiens la réponse ». L’état lui-même disparut – l’état où je croyais être, l’état de Bouddha, de Jésus… Même cet état avait disparu. La question ne se posait plus. J’en ai fini avec tout cela. Fini, terminé ! Depuis lors, il ne m’est plus jamais arrivé de me dire : « Désormais j’ai la réponse à toutes ces questions ». L’état, qui avait suscité la pensée : « Tiens ! Voilà cet état » – cet état avait disparu. La question avait disparu. C’en était fini, voyez-vous. Il ne s’agit pas de vacuité, pas de néant, pas de vide. Rien de cet acabit. Tout d’un coup, la question n’avait plus eu cours. Point final.

Alors la pensée ne peut plus établir de liaisons. L’enchaînement est rompu et la rupture est définitive. L’explosion de la pensée ne se produit pas une seule et unique fois. Chaque fois qu’une pensée surgit, elle se disloque. Ainsi la continuité prend fin et la pensée retombe dans son rythme naturel.

[…]

Ma tête, me semblait-il, était devenue si compacte qu’elle n’offrait plus aucune place aux interrogations superflues. Pour la première fois je prenais conscience de mon crâne comme d’une boîte close. Sans doute, certaines résurgences du passé (des “vasanas”… mais le mot utilisé importe peu) essayent bien parfois de montrer le bout du nez, mais le cerveau est si dense et compact qu’il ne laisse plus de place aux divagations. La division ne peut plus s’installer : c’est une impossibilité physique à laquelle vous ne pouvez rien changer. C’est pourquoi je dis que lorsque cette « explosion » se produit (j’emploie ce mot parce qu’il s’agit d’une sorte d’explosion nucléaire), elle laisse derrière elle des réactions en chaîne. Dans chacune des cellules de votre corps, jusqu’à la moelle des os, vous êtes atteint par ce « changement ». Je n’aime pas utiliser ce mot, et pourtant il s’agit bien d’un changement, et d’un changement irréversible. Impossible de revenir en arrière. Pour l’homme qui est passé par là, il n’est pas de « rechute » possible ; c’est irréversible : il s’est accompli une sorte de processus alchimique.

Je le répète : on dirait une explosion atomique, et tout votre corps vole en éclats. Ce moment est bien difficile à vivre, et c’est la fin de l’être humain. Une telle déflagration réduit le corps à néant, jusqu’à la dernière cellule, jusqu’au dernier nerf. J’ai subi alors de terribles tortures physiques. En fait, vous ne pouvez pas faire l’expérience de l’explosion, elle-même, mais seulement de ses ondes de choc secondaires, des « retombées ». Toute la chimie de votre corps s’en trouve modifiée.

Vous venez de dire que des modifications chimiques s’étaient produites en vous. Comment le savez-vous ? Avez-vous jamais été examiné ou bien s’agit-il d’une déduction ?

Il y a les effets de l’explosion, la manière dont mes sens fonctionnent maintenant, en l’absence d’élément coordinateur, sans raccord central. C’est tout ce que je peux vous dire. Une chose encore : la chimie de l’organisme a changé. Qu’est-ce qui permet de l’affirmer ? En l’absence d’une telle alchimie ou révolution physiologique, il n’y a aucun moyen de libérer l’organisme de la pensée et de sa continuité. Cette continuité n’existant plus, vous êtes en droit d’affirmer qu’il s’est produit quelque chose. Mais quoi, au juste ? Et comment exprimer ce qui échappe à l’expérience ?
Source : http://www.revue3emillenaire.com/

http://consciencesansobjet.blogspot.fr/2010/07/ug-krishnamurti.html

lundi 12 novembre 2012

Richard Moss


Être un homme entier

Richard Moss obtint son doctorat de médecine en 1972, et décide de renoncer à exercer la médecine classique en 1976, afin de « faire la cour » à la nouvelle conscience qui s’est spontanément éveillée en lui. Depuis lors, il anime des séminaires de transformation dans le monde entier.



Définitivement et irréversiblement, tel le glissement des plaques lors d’un tremblement de terre, un changement profond s’est produit dans ma conscience au début de l’année 1977. L’ancien Richard Moss, docteur en médecine, a disparu à jamais.

[…]

Il y a quelques années, on m’a demandé pourquoi je me suis tant impliqué dans la transformation après m’être donné tant de mal pour être médecin. La réponse était simple : j’avais vécu quelque chose qui me paraissait avoir davantage de réalité que tout le reste, et n’avais d’autre choix que celui d’honorer cette expérience.

Quand j’exerçais la médecine conventionnelle, j’ai plongé les mains dans le ventre d’un homme, ouvert du sternum au nombril. Il avait reçu un coup de couteau et le sang coulait dans les intestins. J’ai pressé sa veine cave inférieure (la grande veine du corps) contre sa colonne vertébrale pour tenter d’arrêter l’hémorragie. Mes mains étaient encore en lui lorsqu’il est mort. J’ai vu luire le cerveau à la lumière des lampes chirurgicales, alors que le neurochirurgien s’apprêtait à opérer une tumeur. J’ai également été le patient. Allongé sur la table d’opération, dans un état de conscience des plus extraordinaires, j’observais la fumée qui montait devant mes yeux pendant la cautérisation destinée à stopper les saignements, alors que deux chirurgiens ophtalmologistes repositionnaient les muscles pour corriger le mouvement d’un œil qui, jusqu’à ce jour, avait empoisonné toute mon existence. Tous ces instants, et chacun d’entre eux, étaient, réellement, miraculeux.

Et puis un jour, dans la salle des urgences, alors que je m’approchais d’un homme apeuré et perclus de douleur qui attendait une injection de Demerol et de Valium, j’ai entendu une voix dans ma tête. Elle résonnait en moi : « Tu n’as rien à donner à cet homme à part de l’amour. »

J’ai rendu ses seringues à l’infirmière étonnée, suis venu près de lui et ai placé ma main gauche sur son aine et la droite au sommet de sa tête. Presqu’instantanément, la pièce est devenue effroyablement chaude, et je l’étais moi-même tout autant. Perplexes, les membres de sa famille sont allés ouvrir les fenêtres pour faire entrer un peu d’air frais. Les yeux du malade se sont révulsés, il est devenu flasque et est tombé dans un profond sommeil. Une demi-heure plus tard, sans plus de douleur et boîtant juste un peu, il s’est levé, m’a remercié les larmes aux yeux et a quitté l’hôpital. Sa souffrance et sa crise avaient disparu en quelques secondes, sans qu’un mot fût prononcé et sans aucun médicament. Là où je n’avais trouvé que haine et agressivité et peur, brillaient dans ses yeux la vénération, le respect et l’attention.

A cet instant, une vérité que quelque part, j’avais toujours sue s’est trouvée à jamais confirmée en moi. En termes simples, cette vérité dit que nous sommes des êtres à plusieurs dimensions. De nombreuses dimensions de conscience sont à notre disposition, et nous pourrons choisir celles que nous embrasseront dans notre vie. La quête de ces dimensions peut être créative au point de renouveler la vie, et par comparaison, les miracles de la médecine pratique paraissent grossiers.

Quelle était la nature de l’énergie qui passa entre nous et apparemment réchauffa la pièce où nous nous trouvions, ainsi que tous ceux qui étaient là ? Quelle était la sorte d’amour invoqué par cette injonction intérieure ? Emerveillé, je restai là et me demandai : « Que sommes-nous ? »

[…]

Pour moi, ce n’était pas tant le miracle de cet instant qui avait de l’importance, que la reconnaissance de cette conscience plus vaste. Le miracle le confirmait : il me disait que l’engagement qui me portait à m’ouvrir et à grandir en apprenant ce qu’aimer veut dire portait ses fruits. C’était une confirmation cosmique, une sorte de baptême pour un nouvel échelon de service, et l’une des expériences-clé qui m’ont conduit à renoncer à la médecine conventionnelle pour reconnaître ce que veut dire être un homme entier.

Richard Moss, Unifier : s’éveiller à des énergies supérieures grâce à l’amour inconditionnel, Le Souffle d’Or, 1991, pp.11-21.

http://www.revue3emillenaire.com/fr/temoins-deveil/item/261-richard-moss-etre-un-homme-entier.html

Yolande


C’était au mois d’août, en 2003. La journée avait débuté comme n’importe quelle journée d’été. Mon fils était sorti, j’étais seule à la maison, à m’occuper de choses et d’autres. Et puis voilà que je l’ai remarqué…

Remarqué quoi ?
C’était comme un silence dans ma tête. Oui : un silence frappant… Où étaient passées mes pensées ?… Il y avait cet espace, cet intervalle entre les pensées qui les faisait passer au second plan. Comme si elles ne m’appartenaient plus ou, en tout cas, n’avaient plus de pouvoir sur moi. Je sentais une légèreté, un bien-être, l’impression d’être en phase, connectée avec moi-même comme je ne l’avais jamais été. Connectée à quelque chose d’inexplicable, d’inexprimable : ce silence…
Je me suis demandé ce qui m’arrivait. Et j’ai commencé d’observer.

Et ?…
Ce que je ressentais, c’était une modification de mon fonctionnement intérieur. À la vitesse de l’éclair, quelque chose m’était tombé dessus. Quelque chose que je n’avais pas vu arriver. Pas même s’installer. Et cette « chose » qu’aucun mot ne peut décrire avait pris le pouvoir sur tout.

Tu n’as rien vu arriver ?
Rien. Je n’ai pu que constater que tout était différent… Sur le moment, c’est ce silence qui m’a frappée. Dans les jours qui ont suivi, je me suis rendu compte que je ne vivais plus les choses comme avant. Les mille détails qui, dans une journée, m’agaçaient, une porte qui claque, les clefs qui disparaissent juste comme on s’apprête à sortir, une préoccupation ou une autre, tous ces micro-événements qui m’agaçaient en permanence sans même que je le remarque : tout ça ne me dérangeait plus. Je constatais : tiens, la porte est mal fermée, les clés ne sont pas dans ma poche… J’allais fermer la porte, je me mettais à chercher les clés… et je ne trouvais rien à y redire. Les choses étaient ce qu’elles étaient. Ma façon de les percevoir, d’y réagir, avait changé.

Tu ne réagissais plus, en fait ?
Voilà, je ne réagissais plus. Parce qu’il y avait ce silence, cette tranquillité qui était là, qui m’envahissait toute, et me laissait telle qu’était la situation.
Les premiers temps, j’ai regardé ça toute seule, au fond de moi, en me demandant ce que ça pouvait bien être… Comme je venais de fêter mes 40 ans, je me suis dit : « c’est formidable d’arriver à 40 ans! je me sens enfin en phase avec moi-même! je me sens si légère, si bien… »

Tu as mis ça sur le compte de la quarantaine, vraiment ?!
Oui, je me suis dit ça au début. Mais quand j’ai commencé à évoquer ce que je vivais autour de moi, je me suis aperçue que, même passé 40 ans, les gens ne ressentaient pas ce que je ressentais, ils n’avaient pas ce point de vue que j’avais.
Je n’avais que des amis très cartésiens. Tous étaient pris, comme moi, par la vie active. Pas plus que moi ils ne s’étaient posé de questions métaphysiques ni n’avaient ouvert un livre
« spirituel » ou de développement personnel… Ils m’avaient toujours connue très speed : à peine arrivée quelque part je voulais déjà être ailleurs. Et là ils me voyaient posée, tranquille tout d’un coup, sereine. Alors ils se réjouissaient pour moi.

« Tant mieux, tu as l’air bien », disaient-ils. Mais ils n’en savaient pas davantage sur ce que je vivais. Et moi non plus.
C’est là que je me suis interrogée sur ce qui pouvait bien se passer dans l’invisible, sur ce qui se passait à l’intérieur de soi. J’ai commencé à me renseigner, à entrer dans des librairies, à chercher des livres qui, peut-être, m’expliqueraient un peu ce que je vivais…

Dans vos paroles vous témoignez d’une ouverture soudaine sans référence ou recherche spirituelles longues. Quelles ont été les circonstances de cet éveil ?
Un instant a suffit pour voir que tout ce que je croyais être je ne le suis pas. J’ai découvert par moi-même ma véritable nature et depuis je suis dans un étonnement profond.

Pouvez-vous nous décrire ce qui a été ressenti pendant cet instant où l’éveil est survenu ?
Une évidence absolue qui a prie le pouvoir sur tout ce que je croyais être.
Une force qui a pris le pouvoir sur les trois états (veille, sommeil et rêves) et tout leur contenu.
C’est la force la plus puissante de l’univers. LE SILENCE GUÉRIT. Ma vision a changé du tout au tout.
Ce n’est plus moi qui vois avec les yeux de mon corps mais c’est le silence qui voit.
C’est un état constant libre de penser. En un mot, ma véritable nature n’est pas de penser mais de voir ce corps et ses sens jouer leurs rôles.

Que voyez- vous de différent ?
En fait avant mon attention était focalisée sur le monde et depuis cette rencontre l’attention est focalisée sur LE SILENCE. Donc, que j’ai les yeux ouvert ou fermés, je vois que cela.

Quel est votre enseignement ?

L’enseignement de Yolande n’est que l’expression de sa propre expérience et de sa réalisation.
Une personne réalisée utilise son propre langage.

LE SILENCE est le meilleur langage.
LE SILENCE est le véritable enseignement.
LE SILENCE est ma seule référence.
Dans le silence de nos rencontres, laissons-nous guider par le pouvoir du Silence.


Présentation du livre – Page quatre de couverture :

LE SILENCE GUÉRIT
Yolande Duran-Serrano et Laurence Vidal
Éditions Almora


Printemps 2008 : deux femmes se rencontrent.

L’une, Yolande, vit depuis cinq années une expérience indicible, basculement soudain, éternellement répété, de tout son être au tréfonds de l’Être. Cet état – ce non état – se manifeste par un silence intense, un vide, une plénitude à la fois si extraordinaires et si simples qu’elle n’a longtemps pas eu de mots pour le dire. Étonnée d’abord, puis de plus en plus amoureuse de « cette chose » en elle qui a pris le pouvoir sur tout, Yolande se laisse guider, enseigner par elle. Et ressent de plus en plus le goût de partager ce Silence, cette manière d’être au monde empreinte de légèreté et de simplicité.

L’autre, Laurence, autrefois journaliste, se consacre à l’écriture, à la pratique du yoga et à la fréquentation des textes inspirés, qu’ils soient de métaphysique non duelle ou de mystique chrétienne et soufie.

Entre Yolande et Laurence, l’idée d’un livre germe. Elles ont du temps toutes deux, s’abandonnent au hasard providentiel de leurs conversations et de leur amitié naissante. Les mois passent… bientôt une année… Le Silence guérit en est le fruit.

À la fois tentative de dire cet indicible qu’on appelle l’Éveil et regard du témoin, Laurence, qui donne à voir Yolande dans sa vie de tous les jours et se trouve elle-même gagnée par des espaces de présence silencieuse, ce livre à quatre mains fait se tenir côte à côte une vie touchée par la grâce, une autre par l’espérance. Hors de tout courant spirituel ou religieux, puisque né d’une Libération intérieure spontanée, il témoigne du saisissement par l’ultime Réalité de soi-même et de tout. Saisissement, Silence qui est « l’ultime guérison, puisqu’il guérit de l’idée d’être une personne… »

Merci à Yolande et à Laurence pour leurs témoignages émouvants.

dimanche 11 novembre 2012

Douglas Harding


La vision sans tête

Douglas Harding est l'auteur de nombreux ouvrages et articles parus dans 3e millénaire. Depuis les années 1960, il a présenté, par des ateliers, une approche très originale de l'Eveil. Sa découverte s'est produite lors d'une promenade dans l'Himalaya.

Le plus beau jour de ma vie — ma nouvelle naissance en quelque sorte — fut le jour où je découvris que je n’avais pas de tête. Ceci n’est pas un jeu de mots, une boutade pour susciter l’intérêt coûte que coûte. Je l’entends tout à fait sérieusement : je n’ai pas de tête.

Je fis cette découverte il y a dix-huit ans, lorsque j’en avais trente-trois. Tombée soudainement du ciel, elle répondait néanmoins à une recherche obstinée pendant plusieurs mois, j’avais été absorbé par la question : qu’est-ce que je suis ? Que cette découverte se soit produite lors d’une promenade dans les Himalayas importe peu ; c’est pourtant, dit-on, un lieu propice à des états d’esprit supérieurs. Quoi qu’il en soit, ce jour très clair, très calme, et cette vue du haut de la Crête où je me trouvais, par-delà les brumes bleues des vallées, vers la plus haute chaîne de montagnes du monde, avec parmi ses cimes enneigées le Kangchenjunga et l’Everest, voilà sans doute ce qui rendit cette scène digne de la vision la plus haute.

Il m’arriva une chose incroyablement simple, pas spectaculaire le moins du monde : je m’arrêtai de penser. Un état étrange, à la fois alerte et engourdi, m’envahit. La raison, l’imagination et tout bavardage mental prirent fin.

Pour la première fois les mots me firent réellement défaut. Le passé et l’avenir s’évanouirent. J’oubliais qui j’étais, ce que j’étais, mon nom, ma nature humaine, animale, tout ce que je pouvais appeler mien. C’était comme si à cet instant je venais de naître, flambant neuf, sans pensée, pur de tout souvenir. Seul existait le Maintenant, ce moment présent et ce qu’il me révélait en toute clarté. Voir, cela suffisait. Et voir quoi ? Deux jambes de pantalon couleur kaki aboutissant à une paire de bottines brunes, des manches kaki amenant de part et d’autre à une paire de mains roses, et un plastron kaki débouchant en haut sur… absolument rien ! Certainement pas une tête.

Je découvris instantanément que ce rien, ce trou où aurait dû se trouver une tête, n’était pas une vacuité ordinaire, un simple néant. Au contraire, ce vide était très habité. C’était un vide énorme, rempli à profusion, un vide qui faisait place à tout – au gazon, aux arbres, aux lointaines collines ombragées et, bien au-delà d’elles, aux cimes enneigées semblables à une rangée de nuages anguleux parcourant le bleu du ciel. J’avais perdu une tête et gagné un monde. Tout cela me coupait littéralement le souffle. Il me semblait d’ailleurs que j’avais cessé de respirer, absorbé par Ce-qui-m’était-donné : ce paysage superbe, intensément rayonnant dans la clarté de l’air, solitaire et sans soutien, mystérieusement suspendu dans le vide, et (en cela résidait le vrai miracle, la merveille et le ravissement) totalement exempt de « moi », indépendant de tout observateur. Sa présence totale était mon absence totale, de corps et d’esprit. Plus léger que l’air, plus translucide que le verre, entièrement détaché de moi-même, je n’étais nulle part à la ronde.

Pourtant, malgré la qualité magique et surprenante de cette perception visuelle, il ne s’agissait ni d’un rêve, ni d’une révélation ésotérique. Plutôt l’inverse : un éveil soudain qui m’arrachait au sommeil de la vie ordinaire, la fin d’un rêve, une réalité qui rayonnait de sa propre lumière, et pour la première fois lavée de la pensée qui obscurcit. C’était la révélation tant attendue de l’évidence même, un moment de clairvoyance dans l’histoire confuse de ma vie. Je cessais d’ignorer une chose que (depuis ma plus tendre enfance, en tout cas) je n’avais pu voir, égaré par trop d’occupations ou de faux-fuyants. C’était une attention nue, sans jugement, à une réalité qui n’avait pas cessé de me « dévisager » mon absence totale de visage. Bref, tout cela était parfaitement simple, ordinaire et direct, au-delà du raisonnement, de la pensée, et des mots. En dehors de l’expérience elle-même ne surgissait aucune question, aucune référence, seulement la paix, la joie sereine, et la sensation d’avoir laissé tomber un insupportable fardeau.

Douglas E. Harding, Vivre sans tête, Le Courrier du Livre, 1978.


mardi 6 novembre 2012

Rupert Spira


Que nous le sachions ou non, nous sommes toujours cette Conscience ouverte, libre et illimitée, et pourtant nous l’oublions parfois. C’est notre liberté d’oublier.

Une fois que nous avons oublié, aucune autre liberté n’est possible, sauf celle de nous souvenir.

Même si nous sommes toujours cette Conscience ouverte, libre et illimitée, il semble parfois que nous soyons limités. Nous nous sentons limités. La Conscience s’expérimente comme étant aliénée par sa propre projection.

Ayant projeté une limitation au sein de sa propre non-limitation, la Conscience s’identifie ensuite avec cette limitation. Elle oublie sa nature réelle. Elle « tombe » dans l’ignorance.

La Conscience sent alors que sa propre nature est en quelque sorte étrange, inconnue et non familière, qu’elle a été perdue et a besoin d’être trouvée, qu’elle a été oubliée et qu’il est nécessaire de la retrouver, qu’elle est ailleurs, autre et séparée.

La Conscience ne réalise pas qu’elle est précisément ce qu’elle cherche ; elle est déjà elle-même.

Elle ne voit pas clairement que la Connaissance de tout ce qui est connu dans l’instant est la connaissance d’elle-même.

Cependant, peu importe la profondeur de l’identification de la Conscience avec le fragment de sa création, peu importe l’importance de l’ignorance, et les pensées, les sensations et les activités qui en découlent, peu importe le succès avec lequel la Conscience se dissimule de sa propre nature, son souvenir d’elle-même est toujours plus profond que son oubli.

Il en est toujours ainsi, simplement parce qu’avant de sembler devenir autre chose qu’elle-même, la Conscience est toujours et seulement elle-même.

La Conscience est l’expérience première de toutes les expériences, quel que soit leur caractère particulier. C’est ainsi que la recherche d’elle-même, le désir de retourner en elle, d’y demeurer ne peut jamais être éteint.

C’est ironiquement, pour la même raison, que la recherche sera toujours sapée, car dès qu’il est compris que la Conscience s’expérimente toujours elle-même, il est aussi réalisé que la Conscience n’a nulle part où aller, et n’a pas de devenir.

Ainsi, du point de vue de l’ignorance, la recherche est le premier pas que la Conscience entreprend vers elle-même. Du point de vue de la Compréhension, la recherche est le premier pas de la Conscience
l’éloignant d’elle-même. Dans les deux cas, la Conscience ne va nulle part.

Même lorsque la Conscience s’est voilée d’un habit de croyances, de doutes, de peurs et de sensations, le goût de sa propre nature illimitée, libre et sans peur est inscrit dans chacune des expériences, et ce goût est souvent expérimenté comme une sorte de nostalgie ou de désir profond.

Ce désir est fréquemment associé, à tort, avec un événement ou un moment de nos vies, le plus souvent l’enfance, lorsque tout, semblait-il, allait mieux, lorsque la vie était plus heureuse.

Cependant cette nostalgie n’est pas celle d’un état qui existait dans le passé, mais bien celle de la paix et de la liberté de la Conscience qui réside en deçà, et se trouve dans la profondeur de chacune de nos expériences actuelles.

Le « bonheur » qui était « alors » présent était simplement la présence non voilée de cette même Conscience, qui voit et comprend ces mots.

La Conscience projette cette expérience courante en dehors d’elle-même, puis elle se perd dans cette projection, dans le mental/corps/monde qu’elle a projeté à partir d’elle-même, et s’identifie avec une partie d’elle. C’est comme si elle disait : « Je ne suis plus cette Conscience ouverte, libre et illimitée. Je suis ce fragment limité que j’ai créé en moi. Je suis le corps. »

En agissant ainsi, la Conscience s’oublie. Elle oublie sa propre nature illimitée. Cet oubli est connu comme   « l’ignorance ». C’est la Conscience qui s’ignore elle-même.

La conséquence de cet oubli de Soi, c’est l’apparition de la nostalgie et le désir profond de la Conscience de retourner en elle, d’être libre. Elle ne réalise pas, pour le moment, qu’à chaque instant de ce voyage prodigue, elle n’est toujours qu’elle-même.

La méditation est simplement la libération de cette projection du poids de la séparation. C’est le « dé-nouement » de la contraction de soi, le « dé-tissage » de toute cette confusion.

Au lieu de concentrer son attention sur le fragment limité, sur l’entité séparée qu’elle avait crue être, la Conscience redirige sa propre attention sur elle-même, telle qu’elle est réellement. Elle retourne à elle-même, elle se rappelle elle-même.

Au lieu de projeter le monde en dehors d’elle-même, la Conscience le récupère et le ramène en elle.